Parce que l’univers n’a pas de structure, que l’homme n’est qu’un accident de la matière, que le monde est périssable et l’âme mortelle ; parce qu’aucune intelligence, aucune finalité, mais seulement la causalité aveugle et le hasard président à toutes les créations de la nature, que les plus grands des maux qui accablent le monde et l’homme ne sont que des accidents voulus par personne et ne signifiant rien ; parce qu’il n’y a ni justice, ni morale, ni droits, ni devoirs autres que ceux résultant du pacte social de non-agression ; parce que l’histoire, au moins en tant qu’il s’y passe quelque chose, est insensée ; enfin parce que le plaisir ne peut être indéfiniment accru (de sorte que tous les efforts de la civilisation pour multiplier les biens et les plaisirs sont faits en pure perte puisqu’ils ne peuvent accroître la capacité humaine de joie), le sage, qui sachant tout cela, s’est délivré des illusions qui produisent les craintes vaines et les faux désirs peut, conscient et calme, éprouver la joie pure, et, sans être éternel, vivre en éternité comme un dieu.

Marcel Conche, Lucrèce, p. 119.

dimanche 17 mai 2015

a.d. XVI Kalendas Iunias

Etrange mouvement, vain dès l'origine, que cette cueillette plus ou moins désordonnée, tant que le Psychopompe ne nous a pas accompagnés, des signes anciens, qu'ils empruntent ou non le déguisement du nouveau. Pourquoi cette frénésie dans l'exercice de la parole, du geste, de l'action, dans la production de signes ?
Horace :
Quis multa gracilis te puer in rosa
perfusus liquidis urget odoribus
grato, Pyrrha, sub antro ?
Cui flauam religas comam 
simplex munditiis ? Heu, quotiens fidem
mutatosque deos flebit !
[...] Miseri quibus
intemptata nites !
Le jeune enfant parfumé qui s'avance étourdi par l'exhalaison des roses et conduit par Eros, succombant à la toute puissance séductrice d'une incandescente chevelure, est le cas particulier qui se généralise d'un coup dans le pluriel "miseri". Ce sont tous les êtres humains que fascinent les signes aujourd'hui éclatants, éteints demain, mouvement continu de colifichets jetés par Chronos, toujours dévorant.Vertige soudain dans la perspective de cette engloutissement perpétuel au point que le Titan  lui-même disparaitra enfin .
Peut-être est-ce cela que veut dire Timon :
Lips, let four words go by, and language end.

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