Parce que l’univers n’a pas de structure, que l’homme n’est qu’un accident de la matière, que le monde est périssable et l’âme mortelle ; parce qu’aucune intelligence, aucune finalité, mais seulement la causalité aveugle et le hasard président à toutes les créations de la nature, que les plus grands des maux qui accablent le monde et l’homme ne sont que des accidents voulus par personne et ne signifiant rien ; parce qu’il n’y a ni justice, ni morale, ni droits, ni devoirs autres que ceux résultant du pacte social de non-agression ; parce que l’histoire, au moins en tant qu’il s’y passe quelque chose, est insensée ; enfin parce que le plaisir ne peut être indéfiniment accru (de sorte que tous les efforts de la civilisation pour multiplier les biens et les plaisirs sont faits en pure perte puisqu’ils ne peuvent accroître la capacité humaine de joie), le sage, qui sachant tout cela, s’est délivré des illusions qui produisent les craintes vaines et les faux désirs peut, conscient et calme, éprouver la joie pure, et, sans être éternel, vivre en éternité comme un dieu.

Marcel Conche, Lucrèce, p. 119.

mardi 7 avril 2015

a.d. VII Idus Apriles

L'apparition des signes légués est le trébuchet des signes émis par les vivants. S'ils sont présents, s'ils grèvent le discours, ce n'est ni pour obscurcir ni pour paraître, mais pour être aliment stellaire, pour user la fausse pesanteur d'un présent dont, par distraction inquiète, nous échappe l'essentielle fugacité. Quelle est l'épaisseur du passé dans le discours tenu ? La mesure est là. Ou encore, quelle part est réservée aux discours anciens dans les paroles dites, dans les écrits constitués et soumis à notre lecture ? Ainsi, tant se voilera l'actualité vacillante, tant se présentera un fragment apparenté au nectar et à l'ambroisie.

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