Parce que l’univers n’a pas de structure, que l’homme n’est qu’un accident de la matière, que le monde est périssable et l’âme mortelle ; parce qu’aucune intelligence, aucune finalité, mais seulement la causalité aveugle et le hasard président à toutes les créations de la nature, que les plus grands des maux qui accablent le monde et l’homme ne sont que des accidents voulus par personne et ne signifiant rien ; parce qu’il n’y a ni justice, ni morale, ni droits, ni devoirs autres que ceux résultant du pacte social de non-agression ; parce que l’histoire, au moins en tant qu’il s’y passe quelque chose, est insensée ; enfin parce que le plaisir ne peut être indéfiniment accru (de sorte que tous les efforts de la civilisation pour multiplier les biens et les plaisirs sont faits en pure perte puisqu’ils ne peuvent accroître la capacité humaine de joie), le sage, qui sachant tout cela, s’est délivré des illusions qui produisent les craintes vaines et les faux désirs peut, conscient et calme, éprouver la joie pure, et, sans être éternel, vivre en éternité comme un dieu.

Marcel Conche, Lucrèce, p. 119.

lundi 19 novembre 2012

Lui, sur la photo (Una Volta, 19 novembre 2012)

Bonsoir à tous,
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Nous ne saurons sans doute jamais son nom, mais lui nous a dévisagés tous autant que nous étions. Nous sommes passés devant ce visage coiffé d'un énorme casque de guerre, devant cette poitrine ornée d'une cuirasse moderne, troquant le cuivre antique pour le cordura et la plaque parre-balles, arborant à la fois le poignard de combat (sans doute de forme Bowie pour le passage du sang sous pression) et, étonnamment, un stylo bille jaune fluo,  devant ces grands yeux,  couleur Cornouailles parmi les cumulus. Il nous a regardés et il regardera tant que la photographie ne sera pas détruite. Qu'exprime ce regard obsédant sinon l'enfance surprise par ce costume trop ample, trop lourd, ce couvre-chef trop imposant ? Ou bien est-ce un ministre de Thanatos, s'il le faut, qui fixe Patrick Chauvel ? Il nous dit beaucoup cet inconnu et il nous interroge sur notre propre humanité de passants dans cette salle du centre culturel, à l'abri des armes et des couteaux qui peuvent l'atteindre, lui, là-bas, nous, bien à l'écart des engins explosifs aveugles, au bord des routes,  qui ont sans doute tué des jeunes gens comme lui, jadis portés et allaités par des mères aimantes et attentives. L'oeil et la technique du photographe ont fait de Patrick Chauvel un passeur de sens pour les êtres humains.

Excellente soirée à vous.

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